Extraits
Papangue « l’œil de Bourbon »
(…Il glissait lentement porté par une brise d’Est Sud-Est. Ses pupilles agiles fouillaient sans relâche l’étendue vert de gris qui s’écoulait paisiblement vers l’océan. Sûr de lui, tranquille, n’ayant à redouter aucun autre prédateur, il naviguait, de la grande Rivière de l’Est au piton de Sainte Rose, depuis le petit matin.
À une centaine de mètres du sol, son altitude de croisière le mettait à l’abri de tout danger et lui épargnait la fatigue d’avoir à lutter contre les rafales de vent incessantes qui balayaient le relief. Vu du sol son ventre blanc nacré le rendait invisible, spectre laiteux confondu sur le ciel gris.

Descendant d’une longue lignée de busards Maillard, le papangue parcourait son domaine hérité de ses pères à la recherche de ses proies favorites, petits rongeurs, tangues, mulots et lièvres parfois, au hasard des rencontres. Bientôt, il lui faudrait regagner son nid juché sur une lisière d’arbres bordant la grande Rivière de l’Est, pour transmettre à sa compagne les nombreux indices recueillis au cours de sa chasse matinale. Celle-ci, plus petite décrirait de larges cercles au-dessus des zones visitées le matin. Sa robe de plumes sépia marquerait l’espace d’une tâche sombre plus inquiétante…
Mitra le papangue planait, silencieux, en modulant ses grandes rémiges.
Il scrutait, à travers les nuages diaphanes épars, la ligne blanche déchiquetée du rivage en contrebas.