{"id":149,"date":"2025-12-06T01:37:57","date_gmt":"2025-12-06T05:37:57","guid":{"rendered":"https:\/\/iteg.re\/?page_id=149"},"modified":"2025-12-06T23:13:42","modified_gmt":"2025-12-07T03:13:42","slug":"lembuscade-de-bedo","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/iteg.re\/?page_id=149","title":{"rendered":"\u00a0L\u2019embuscade de BEDO"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong>R\u00e9cit de Jean Claude Victoire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-luminous-vivid-orange-color has-text-color has-link-color wp-elements-1\"><strong><em>(en italique orange dans le texte)<\/em><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Texte de Michel Barjolin<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">&nbsp;L\u2019embuscade de Bedo, j\u2019y \u00e9tais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est ainsi que commence le r\u00e9cit de Jean-Claude Victoire. Le caporal-chef Victoire reste en effet un t\u00e9moin embl\u00e9matique de cette embuscade qui fut, pour les parachutistes Fran\u00e7ais de la CPIMa, l\u2019embuscade la plus destructrice depuis la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Avant de suivre Jean-Claude Victoire dans son r\u00e9cit, un petit retour en arri\u00e8re s\u2019impose pour mieux comprendre comment nous en sommes arriv\u00e9s l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Tchad devient protectorat fran\u00e7ais \u00e0 partir de 1900, et colonie fran\u00e7aise en 1920. Pays d\u2019Afrique centrale frontalier de six pays, dont le Soudan et la Libye, le Tchad prend son ind\u00e9pendance en 1960 comme la plupart des territoires coloniaux fran\u00e7ais d\u2019Afrique Noire. Lors de la d\u00e9colonisation, ceux qui prennent le pouvoir au Tchad appartiennent dans leur majorit\u00e9 aux ethnies du Sud du pays. Chr\u00e9tiens en grande majorit\u00e9 comme le pr\u00e9sident Tombalbaye, les hommes du Sud sont, pour la plupart, recrut\u00e9s pour composer l\u2019administration tchadienne. Ils sont aid\u00e9s et soutenus par la France.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-rounded\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.unp974.re\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/20230621_084528-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4452\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au Nord, les tribus musulmanes aid\u00e9es par le Soudan et la Lybie cr\u00e9ent des mouvements de rebellions dont l\u2019action politique est men\u00e9e par des groupes rompus aux actions violentes. La fronti\u00e8re entre le Tchad et la Libye date de 1919. Elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie entre les Fran\u00e7ais et les Italiens. Depuis l\u2019origine, cette fronti\u00e8re est un enjeu territorial central entre la Libye, le Tchad et le Soudan. Appel\u00e9e \u00ab Bande d\u2019Aouzou \u00bb, cette zone appartenait initialement au Tchad fran\u00e7ais, mais elle a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9e par Pierre Laval \u00e0 Mussolini en 1934. Cette bande d\u00e9sertique est \u00e0 l\u2019origine des conflits qui perdurent au nord du pays. Le Tchad est le \u00ab&nbsp;pays des guerres sans fin&nbsp;\u00bb\u2026 Dans la r\u00e9gion saharienne du Nord, le BET (Borkou-Ennedi-Tibesti), les Toubous se livrent depuis toujours \u00e0 des actes de banditisme d\u2019une grande violence. &nbsp;Ces actions rebelles sont fortement r\u00e9prim\u00e9es par le gouvernement tchadien de Tombalbaye. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette r\u00e9pression, les r\u00e9volt\u00e9s du Nord cr\u00e9ent en 1966 le FROLINAT (Front de Lib\u00e9ration Nationale) dont le si\u00e8ge se trouve, il n\u2019y a pas de hasard, \u00e0 Alger. &nbsp;Cette petite arm\u00e9e compte 1500 hommes, d\u00e9termin\u00e9s et bien entra\u00een\u00e9s, qui s\u2019opposent aux forces arm\u00e9es du Tchad constitu\u00e9es de 1850 soldats, 1200 gendarmes et 2500 gardes nomades incapables, par manque d\u2019entra\u00eenement, de ma\u00eetriser les nombreuses r\u00e9voltes. Pour cette raison, le gouvernement tchadien signe des accords de d\u00e9fense avec la France d\u00e8s 1960.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces accords pr\u00e9voient une Assistance Militaire Technique (AMT). Le 18 mars 1969, le g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle prend la d\u00e9cision d\u2019envoyer des troupes fran\u00e7aises au Tchad. Cette aide est conditionn\u00e9e par la mise en place de r\u00e9formes administratives, \u00e9conomiques et sociales.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-rounded\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.unp974.re\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/IMG_20230621_082254-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4453\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Des unit\u00e9s op\u00e9rationnelles sont d\u00e9ploy\u00e9es sur le terrain pour r\u00e9tablir la s\u00e9curit\u00e9 dans les r\u00e9gions du Nord. L\u2019intervention fran\u00e7aise au Tchad, baptis\u00e9e \u00ab&nbsp;Op\u00e9ration Limousin \u00bb, est la premi\u00e8re op\u00e9ration militaire mise en \u0153uvre depuis le conflit alg\u00e9rien. Une Arm\u00e9e de l\u2019Air Nationale Tchadienne est cr\u00e9\u00e9e qui op\u00e8re \u00e0 partir des bases de Fort-Lamy, Mongo et Ab\u00e9ch\u00e9. En ao\u00fbt 1968, le pr\u00e9sident Tombalbaye demande \u00e0 la France un soutien arm\u00e9. Le 3e RPIMa est mis en alerte Gu\u00e9pard et quitte Carcassonne pour rejoindre le 6<sup>e<\/sup>&nbsp;RIAOM \u00e0 Faya-Largeau dans le BET. La 3e compagnie du 3<sup>e<\/sup>&nbsp;RPIMa compos\u00e9e d\u2019appel\u00e9s du contingent, command\u00e9e par le capitaine De Bethencourt, parvient \u00e0 d\u00e9gager la ville de Barda\u00ef au Nord. Cette compagnie sera mise en alerte Gu\u00e9pard 2ans plus tard pour les m\u00eames raisons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Au cours du deuxi\u00e8me semestre 69, les l\u00e9gionnaires du 2<sup>e<\/sup>&nbsp;REP font face \u00e0 une premi\u00e8re embuscade au centre du pays. Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 militaire, le g\u00e9n\u00e9ral Michel Arnaud est alors remplac\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Cortadellas qui cr\u00e9e un \u00e9tat-major Franco-tchadien \u00e0 Fort-Lamy. En 1970, un commando de 30 hommes du 8<sup>e<\/sup>&nbsp;RPIMa vient renforcer la CPIMa mais, \u00e0 la fin de 1970, si le calme r\u00e8gne dans les r\u00e9gions du Centre et de l\u2019Est, dans le BET, la r\u00e9bellion se renforce aid\u00e9e en cela par la Libye apr\u00e8s la prise de pouvoir du colonel Kadhafi en 1969.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le d\u00e9cor est plant\u00e9, les conditions de la tragique embuscade de Bedo sont r\u00e9unies\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c0 l\u2019automne 1970, la situation au Nord est tendue. Les bandes du BET contr\u00f4lent d\u2019importants massifs montagneux (l\u2019Emi-Koussi culmine \u00e0 3400 m) et menacent les postes de l\u2019Arm\u00e9e Nationale Tchadienne. La 6<sup>e<\/sup>&nbsp;CPIMa est engag\u00e9e du 1er au 26 septembre dans le p\u00e9rim\u00e8tre Faya-Largeau, Zour-Mourso, Barda\u00ef, Fada et Ounianga. Au cours des mois pr\u00e9c\u00e9dents, des combats importants avaient engag\u00e9 la CPIMa qui avait perdu le M\u00e9decin-commandant Garcia et le Lieutenant Chaussin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Pour soulager les postes du BET r\u00e9guli\u00e8rement harcel\u00e9s, le G\u00e9n\u00e9ral Cortadellas d\u00e9cide de profiter de la r\u00e9colte des dattes pour intercepter les bandes rebelles descendues de leurs cailloux. Le 1er octobre, le 2<sup>e<\/sup>&nbsp;commando de la CPIMa command\u00e9 par le Lieutenant Beaufils quitte Fort-Lamy par voie routi\u00e8re pour rejoindre Faya-Largeau. Le 6 octobre, le 1er et le 4eme commando, command\u00e9s respectivement par le Lieutenant Neau et le Lieutenant Raffenne, sont a\u00e9rotransport\u00e9s sur Faya-Largeau. Ainsi constitu\u00e9e, la CPIMa command\u00e9e par le Capitaine Canal se pr\u00e9pare \u00e0 son d\u00e9placement dans le Nord. La section de commandement et d\u2019appui command\u00e9e par l\u2019Adjudant Jadoule se compose d\u2019un \u00e9l\u00e9ment sant\u00e9 (M\u00e9decin-capitaine Martini), d\u2019une pi\u00e8ce de 57-SR pr\u00eat\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e tchadienne et d\u2019un groupe de mortiers de 81 mm command\u00e9 par l\u2019Adjudant Chan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les hommes de la CPIMa sont tous des professionnels rompus aux difficult\u00e9s du terrain et nombre d\u2019entre eux ont d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 des accrochages avec les rebelles. Outre le 57-SR et le groupe de mortiers de 81 mm, les parachutistes fran\u00e7ais sont \u00e9quip\u00e9s de FSA 49-56, de PM MAT-49, de mitrailleuses AA-52, de grenades \u00e0 fusil et de quelques FRF1 qui sont alors l\u2019exception dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Les moyens de transmission sont ceux de l\u2019\u00e9poque : C10 et C13, PP 8 et PP9. Pour cette mission, La CPIMa est motoris\u00e9e sur Dodge 6\u00d76.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les bandes rebelles sont \u00e9quip\u00e9es d\u2019un armement individuel h\u00e9t\u00e9roclite mais performant : fusils Lee- Enfield-303 \u00e0 balles expansives (datant de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle), carabines italiennes Statti&nbsp; (utilis\u00e9e par le FLN 10 ans plus t\u00f4t) et armes automatiques collectives (FM Brenn). Ces bandes ma\u00eetrisent le terrain en se d\u00e9pla\u00e7ant rapidement mais furtivement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans cette op\u00e9ration, les hommes de la CPIMa pensent trouver des petits groupes de rebelles, au maximum 20 \u00e0 30, et ont bien l\u2019intention de les surprendre au g\u00eete. En remontant vers le Nord, le convoi peine \u00e0 se frayer un chemin au milieu des \u00ab&nbsp;flaques&nbsp;\u00bb de basalte noir qui ponctuent la zone. Les pistes, quand elles existent, sont \u00e0 peine marqu\u00e9es. Le sable du d\u00e9sert occulte l\u2019horizon, la temp\u00e9rature varie entre 40 et 50\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre. Dans les cuvettes subsistent quelques palmiers dattiers.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le 9 octobre, les trois commandos renforc\u00e9s d\u2019une section d\u2019appui de l\u2019EMT 3 reconnaissent la zone de Kirdimi-N\u2019Gourma puis la palmeraie de Bedo, dans le Borkou, qui est fouill\u00e9e le 10 octobre. \u00c0 part une escarmouche de nuit, peu de contacts avec les rebelles.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le 11 octobre au matin, se d\u00e9pla\u00e7ant toujours vers le Nord, la CPIMa fouille la palmeraie de Tigui. Confront\u00e9 aux probl\u00e8mes logistiques dans cette zone d\u00e9sertique \u00e9prouvante pour les mat\u00e9riels et les hommes, le Capitaine Canal d\u00e9cide de regrouper sa compagnie \u00e0 Bedo avant de reprendre la route en direction du Sud pour regagner Faya-Largeau, via Kirdimi distante de 50 km. La compagnie n\u2019ayant pas trouv\u00e9 de rebelles, l\u2019ordre est donn\u00e9 de cesser les recherches.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-rounded\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.unp974.re\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/20230621_083929.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4457\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019embuscade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong>Le dimanche 11 octobre, entre 14 et 15 heures, la CPIMa roule en convoi en direction de Kirdimi. En t\u00eate, le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;commando du Lieutenant Neau, suivi du Capitaine Canal accompagn\u00e9 de sa section de commandement et d\u2019appui, derri\u00e8re lui, \u00e0 200 m\u00e8tres, le 2eme commando du Lieutenant Beaufils. Plus loin, quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du convoi, progressent les v\u00e9hicules du 4eme commando du Lieutenant Raffenne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-orange-color has-text-color has-link-color wp-elements-2 wp-block-paragraph\"><a><strong>Caporal-chef J.C Victoire<\/strong><\/a>&nbsp;<em>:<strong>&nbsp;\u00ab&nbsp;\u2026Comme j\u2019\u00e9tais chef d\u2019\u00e9quipe feu du troisi\u00e8me groupe du 4eme commando, je me trouvais dans le dernier camion qui fermait la marche du convoi. J\u2019avais avec moi mon tireur FM, le chargeur et le pourvoyeur. Mon chef de groupe, le Sergent Serre, \u00e9tait dans la cabine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du chauffeur. Comme nous n\u2019avions pas trouv\u00e9 de rebelles en remontant vers le Nord, nous \u00e9tions plut\u00f4t tranquilles en redescendant vers Kirdimi. Le soleil \u00e9tait bizarre \u00e0 travers la poussi\u00e8re, je l\u2019avais en pleine gueule, et nous avions tr\u00e8s chaud. Bref, on n\u2019\u00e9tait pas vraiment sur nos gardes\u2026&nbsp;Brutalement, notre bahut pile ! Il doit \u00eatre 16:00, 16:30, j\u2019ai pas regard\u00e9 ma montre. Le Sergent Serre gueule \u2013 D\u00e9barquez ! Je gicle de mon v\u00e9hicule en sautant par la gauche. Mes&nbsp; mecs ont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9agi. Je crois entendre au loin des coups de feu. Je regroupe mon \u00e9quipe derri\u00e8re les rochers \u00e0 gauche de mon v\u00e9hicule. J\u2019ai pas le temps de r\u00e9fl\u00e9chir\u2026\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vers 16:30, \u00e0 environ 25 km au sud-ouest de Bedo, le Dodge de t\u00eate est brutalement pris \u00e0 partie. Les tirs proviennent de tous les c\u00f4t\u00e9s de la piste, per\u00e7ant la t\u00f4le des camions et occasionnant des pertes s\u00e9v\u00e8res au sein du commando Neau. La commandement du Capitaine Canal et le commando Beaufils sont pris eux aussi dans cette sourici\u00e8re impr\u00e9visible. Les rebelles sont post\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9 de la piste, contre toute logique d\u2019\u00e9cole, certains au plus pr\u00e8s, camoufl\u00e9s derri\u00e8re des rochers. Ils font feu \u00e0 moins de 10 m, quasiment \u00e0 bout portant. Le dispositif des rebelles s\u2019\u00e9tale sur plus d\u2019un kilom\u00e8tre avec l\u2019intention de d\u00e9truire tout le convoi en tirs fichants. L\u2019embuscade a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e lorsque les dix premiers v\u00e9hicules se sont retrouv\u00e9s enferm\u00e9 dans une cuvette. Par chance, le 4eme commando, \u00e0 distance du convoi, n\u2019est pas impact\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela fera la diff\u00e9rence.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par trois fois, les rebelles tentent de s\u2019emparer du v\u00e9hicule de t\u00eate mais sont repouss\u00e9s \u00e0 la grenade par le Lieutenant Neau. Quelques hommes, dont le Sergent Parisot, se d\u00e9gagent du dispositif en gravissant une falaise sur leur droite. D\u00e9j\u00e0 des tu\u00e9s et de nombreux bless\u00e9s. Les balles expansives de 303 occasionnent de tr\u00e8s graves blessures sur les hommes clou\u00e9s au sol par les tirs des FM Brenn. Les chefs de groupes tentent de regrouper leurs hommes mais le Sergent-chef Voronine est tu\u00e9 d\u2019une balle en plein c\u0153ur lors de sa tentative d\u2019assaut. Le Lieutenant Neau est bless\u00e9 ainsi que le Capitaine Canal. Malgr\u00e9 la situation confuse, le Lieutenant Raffenne prend tr\u00e8s vite la mesure du probl\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9coute des \u00e9changes radio. Il entra\u00eene son commando, par la gauche, dans un long d\u00e9bordement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-orange-color has-text-color has-link-color wp-elements-3 wp-block-paragraph\"><a><strong>Caporal-chef J.C Victoire<\/strong><\/a>&nbsp;<em>:&nbsp;<\/em><strong><em>\u00ab\u2026 J\u2019entends le Lieutenant Raffenne gueuler \u2013 en colonne, suivez-moi ! Je vois le premier groupe du Sergent Malbrank courir derri\u00e8re la commandement du Lieutenant, suivi par le groupe de G\u00e9rard. Mon chef de groupe prend la t\u00eate et je le suis avec mon \u00e9quipe feu, dernier \u00e9l\u00e9ment du dispositif. On ne pense pas \u00e0 la chaleur, on ne pense pas au danger, on se contente de suivre au plus pr\u00e8s. Mon tireur FM souffle comme un b\u0153uf, son AA 52 \u00e0 la hanche. Au bout de 10 ou 15 minutes de cette course de dingue, le Lieutenant Raffenne tombe sur le cul des premiers rebelles. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous ne perdons pas de temps ; c\u2019est en ligne, \u00e0 l\u2019assaut ! Mon groupe se trouve \u00e0 droite du dispositif, je me trouve donc \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite du commando. Nous tirons comme des malades sur les rebelles que nous voyons, sans prendre de pr\u00e9cautions particuli\u00e8res. La riposte est imm\u00e9diate et nous comptons d\u00e9j\u00e0 quelques bless\u00e9s. Le Lieutenant Raffenne ordonne un repli sur 50 m et nous nous regroupons. Apr\u00e8s quelques minutes de remise en condition, le Lieutenant commande un nouvel assaut qui bute une fois de plus sur les salopards bien camoufl\u00e9s. Mes gars sont pourtant gonfl\u00e9s \u00e0 bloc. Le troisi\u00e8me assaut est gagnant car nous parvenons \u00e0 d\u00e9gager le commando Beaufils qui se repositionne sur la droite dans une zone moins expos\u00e9e<\/em>&nbsp;<em>pour progresser jusqu\u2019\u00e0 la t\u00eate du convoi. Les appuis entrent en action&nbsp;; 57-SR, mortiers de 81 et FLG \u00e0 tirs tendus r\u00e9tablissent l\u2019\u00e9quilibre \u00e0 notre profit. Notre commando poursuit sa progression vers l\u2019avant, de v\u00e9hicules en v\u00e9hicules. Finalement, le premier groupe du Sergent Malbrank parvient jusqu\u2019aux aux v\u00e9hicules du 1er commando. Nous progressons encore et, alors que j\u2019ai d\u00e9pass\u00e9 le v\u00e9hicule de queue du 1er commando, j\u2019aper\u00e7ois le chauffeur Joseph Hoarau planqu\u00e9 derri\u00e8re les roues qui se fait tirer comme un lapin. Je poste ma pi\u00e8ce FM face aux rochers, en rafales continues pour m\u2019appuyer, et je vais chercher Hoarau pour le ramener sur notre position. Nous nous mettons \u00e0 l\u2019abri et pendant 1h30 nous restons post\u00e9s face \u00e0 droite. Nous recevons l\u2019ordre de mettre des panneaux air-sol sur nos musettes.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le combat meurtrier dure deux heures. Le 4eme commando, malgr\u00e9 4 bless\u00e9s, parvient finalement \u00e0 d\u00e9gager le Lieutenant Neau bless\u00e9. Lorsqu\u2019il aper\u00e7oit les paras du 4eme commando, le Lieutenant Neau s\u2019\u00e9crit : \u00ab merci camarades ! \u00bb. D\u00e8s le d\u00e9but du combat, le Sergent-chef Tr\u00e9mauville&nbsp; reste \u00e0 son poste et tente d\u2019appeler Largeau o\u00f9 stationnent, \u00e0 moins d\u2019une demi-heure de vol, une patrouille de chasseurs-bombardiers AD-4. Bless\u00e9, il est remplac\u00e9 par le Sergent Poupeau qui essaie \u00e0 son tour d\u2019alerter par radio la station de Largeau qui diffuse en boucle des messages routine indiquant que ce n\u2019est pas l\u2019heure de la vacation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Vers 19 heure, l\u2019heure est au premier bilan : 11 morts, et bient\u00f4t un douzi\u00e8me durant l\u2019\u00e9vacuation sanitaire, 25 bless\u00e9s dont le Capitaine Canal et le Lieutenant Neau. Malgr\u00e9 le d\u00e9sordre ambiant, les paras restent professionnels et s\u2019organisent dans l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une attaque nocturne des rebelles. Les m\u00e9canos travaillent toute la nuit \u00e0 la remise en ordre des v\u00e9hicules. Au cours de la nuit, le Sous-lieutenant Koszela aux commandes d\u2019une Alouette II, accompagn\u00e9 du Capitaine Nefiolov, effectue trois EVASAN sans \u00e9quipements pour le pilotage de nuit. Un Nord-2501 tourne toute la nuit au-dessus de la cuvette en larguant r\u00e9guli\u00e8rement des \u00ab&nbsp;lucioles&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Depuis Fort-Lamy sont a\u00e9rotransport\u00e9s sur Faya-Largeau, le 3eme commando, un peloton blind\u00e9 du 6<sup>e<\/sup>&nbsp;RIAOM et l\u2019antenne chirurgicale parachutiste num\u00e9ro 2.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand le jour se l\u00e8ve l\u2019heure est au bilan d\u00e9finitif. Les 105 paras de la CPIMa, confront\u00e9s \u00e0 135 Toubous et Goranes, peuvent s\u2019enorgueillir d\u2019un beau bilan, malgr\u00e9 leurs pertes&nbsp;; 60 rebelles ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et de nombreux autres bless\u00e9s. Une quinzaine d\u2019armes des rebelles sont ramen\u00e9s \u00e0 Largeau ainsi qu\u2019un drapeau du FROLINAT. Ce drapeau est expos\u00e9 au mus\u00e9e des TAP \u00e0 l\u2019ETAP.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques jours apr\u00e8s, le 17 octobre, la CPIMa quitte Faya-Largeau \u00e0 destination de Zouar pour participer \u00e0 l\u2019op\u00e9ration Picardie 2.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-orange-color has-text-color has-link-color wp-elements-4 wp-block-paragraph\"><strong>Caporal-chef J.C Victoire<\/strong>&nbsp;<em>:<strong>&nbsp;\u00ab&nbsp;Ce sont des mauvais souvenirs, le plus mauvais moment de ma vie\u2026 Voir tous mes camarades morts avec leur toile de tente sur la t\u00eate\u2026&nbsp;Honorons leur m\u00e9moire&nbsp;! \u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En guise de conclusion<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les guerres du Rif, la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, la guerre du Tchad et plus pr\u00e8s de nous la guerre d\u2019Afghanistan nous montrent l\u2019habilet\u00e9 tactique et l\u2019adaptation \u00e0 leur terrain des combattants musulmans qui s\u2019affranchissent des r\u00e8gles d\u2019\u00e9cole qui nous sont enseign\u00e9es. Religieux fanatiques, ils n\u2019ont pas peur de mourir. Chez eux il n\u2019y a pas de r\u00e8gles sinon celle de gagner. Admettons tout de m\u00eame que la rusticit\u00e9 des moyens qu\u2019ils mettent en \u0153uvre et leur capacit\u00e9 d\u2019agir du fort au faible de fa\u00e7on impr\u00e9visible devrait nous amener \u00e0 revoir nos habitudes de penser les guerres asym\u00e9triques. Comparaison n\u2019est pas raison mais, peut-\u00eatre pouvons-nous remarquer quelques similitudes entre l\u2019embuscade de Bedo et l\u2019embuscade d\u2019Uzbin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Michel Barjolin<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9cit de Jean Claude Victoire (en italique orange dans le texte) Texte de Michel Barjolin &nbsp;L\u2019embuscade de Bedo, j\u2019y \u00e9tais\u2026 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est ainsi que commence le r\u00e9cit de Jean-Claude Victoire. Le caporal-chef Victoire reste en effet un t\u00e9moin embl\u00e9matique de cette embuscade qui fut, pour les parachutistes Fran\u00e7ais de la CPIMa, l\u2019embuscade la plus destructrice depuis la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. &nbsp;Avant de suivre Jean-Claude Victoire dans son r\u00e9cit, un petit retour en arri\u00e8re s\u2019impose pour mieux comprendre comment nous en sommes arriv\u00e9s l\u00e0. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Tchad devient protectorat fran\u00e7ais \u00e0 partir de 1900, et colonie fran\u00e7aise en 1920. Pays d\u2019Afrique centrale&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"template-no-sidebar.php","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-149","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=149"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/149\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":229,"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/149\/revisions\/229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/iteg.re\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}